Dialogue studio
Les nouvelles technologies de la communication constituent une source d’information pour l’action, et pas simplement pour la connaissance.
Le tchat est un espace virtuel de rencontre
Description de la façon dont les jeunes abordent la pratique du chat, ainsi que la place que celui-ci occupe au sein d'un processus d’initiation à l'nternet.
Le dialogue en direct pour les jeunes
L'usage du dialogue en direct constitue pour les jeunes une véritable entrée en matière dans l’univers social de l’informatique en réseau.
La pratique de la communication en ligne sur les réseau internet apporte des savoir-faire qui favorisent le développement de compétences techniques

Beaucoup de recherche en sciences sociales, portant sur les nouvelles technologies de communication sur Internet, ont pour objet la question du lien social a travers la communication à distance et l'approche des individus qui utilisent les differents moyen de communication élaborés sur la toile : courriers électroniques, forums de discussion, listes de diffusion et chats.
En considérant, à juste titre, que ces outils sont bien souvent de précieux auxiliaires technologiques aidant à la mise en scène d’actes de discours écrits, qui, miment la conversation orale.

Le tchat est un espace virtuel de rencontre. Il se distingue des autres outils classique de communication car il permet une synchronisation quasi-simultanée et réciproque des échanges. Les utilisateurs sont identifiés sur ces outils de dialogue par un surnom (Pseudo) de leur choix et communiquent, soit en participant à un dialogue commun apparaîssant sur un canal central, soit en engageant une discution privée dans un salon créé à cette occasion. L'ensemble des grands portails d’accès à l'internet offrent des applications de ce type.

Les chats et les jeux sur ordinateur occupent une place importante pour les jeunes dans leurs pratiques d'internautes. Les jeux sont moins disponibles sur Internet que les chats et ceux-ci nécessitent quelques manipulations, avant même de pouvoir y jouer, les contraintes de compétences techniques rabattent l'ambition des jeunes utilisateurs sur les chats. Les chats sont souvent connus de ceux qui les utilise pour la première fois, même s’ils n’ont jamais eu l’occasion de les manipuler. Les médias et les conversations à l’école, ont vite fait de populariser cette utilisation spécifique d’Internet auprès de la jeunesse. Pour la grande majorité
des jeunes, Internet est dans un premier temps assimilé aux tchats, à savoir, un média de rencontre et de dialogue en direct, assimilé à une activité essentiellement
ludique.

Les nouveaux utilisateurs sont souvent orientés par les plus anciens directement sur les tchats, afin de les familiariser avec les ordinateurs et les applications d’Internet. L'objectif des anciens est également d'éviter d’être trop souvent interpellés durant la phase d'initiation, pour résoudre d'éventuelles difficultés techniques.
Les conversations tournent surtout autours des évènements scolaires, de la vie de quartier, des situations familiales ou encore des rapports avec la police.

Le tchat est un support d’acquisition de compétences techniques, l’acquisition des compétences dépendent davantage d’une familiarisation par tâtonnements que d’une transmission d'un savoir-faire. Outre ses propriétés récréative et distrayante, la pratique du tchat peut contribue à consolider ou à inciter, les premiers usages du débutant sur Internet. Le chat participe à une amorce, bien que perçu comme une activité triviale, celle-ci offre une ressource pédagogique pour les débutant.
La pratique du tchat peut être vu comme un support d’acquisition de compétences techniques qui tend des passerelles susceptibles de diminuer l’appréhension face à la complexité de l’univers d’Internet.
La manipulation des chats contribue à familiariser les débutants avec les périphériques informatiques, a savoir écran, clavier et souris, et permet de se doter d’une compétence dactylographique. D’autre part, l’usage des tchats exige un ensemble de compétences qui dépasse le simple contenu écrit, Il implique la reconnaissance des fenêtres du navigateur, des icônes d’application du logiciel, des fonctions de navigation qui lui sont propres, des barres et les cadres des pages web, des liens hypertextes, etc...
La pratique intensive des tchats en début d'apprentissage d’internet, conduit à l’acquisition d’une culture informatique, ainsi qu'à l’interprétation et à la compréhension des conventions qui autorisent l'usage du web.

Identité virtuelle

Les pseudos choisis par les jeunes sur les chats, font souvent allusion à leur capital de séduction ou à leur appartenance géographiques, bien qu’Internet soit un média déterritorialisé.

Le chat garantit anonymat, mais ne permet pas de masquer les marqueurs stylistiques et les identités langagières. La manière dont sont utilisées les abréviations rituelles de salutation, les styles télégraphiques ou quasi-phonétiques, les phrasés syncopés, l’usage des onomatopées et celui des smileys, constitue des indices qui permettent aux participants d’un tchat de faire des déductions sur l’identité des interlocuteurs en présence. La compétence linguistique d’un tchatteur repose sur la performance avec laquelle, il affiche la maîtrise de son propos grâce à des figures de mot ou de pensée.

Séduction sur les tchats

La séduction est le motif premier invoqué par les utilisateurs pour justifier l’usage des tchats. La séduction est perçue comme une activité pour se découvrir seul.
Les tentatives de séduction sur les chats répondent au besoin d’explorer les identités sexuées, elles sont également l’occasion de confronter la valeur de leurs identités sociales et culturelles sur le marché des identités virtuelles.

La séduction ou au moins la possibilité d’interagir virtuellement avec des filles, constitue une des premières motivations d'un garçon pour se rendre sur un chat. Indiquant ainsi que la découverte de rapport sexué suscite un pareil engouement, au moins au début de la pratique.
Chez les adolescents, la discussion sur les tchats est presque toujours une séduction garçon/fille. Ce qui laisserait supposer que par le tchat, les filles apprennent quelque chose, ce qui est sans doute moins vrai des garçons. La raison avancée serait que les simulations de séduction sur les chats seraient mieux mises à profit par les filles que par les garçons dans la tentative de l'exploration sexuelle.

Certains jeunes font état d’une expérience souvent décevante lors d’une rencontre réelle avec une jeune fille, suite à un rendez-vous pris sur un chat. L’échec de cette expérience reposerait sur la découverte de mensonges proférés lors du dialogue en ligne. L’expérience de la rencontre produit aussi une méfiance accrue envers les propos tenus par les interlocuteurs sur les tchats. La drague sur les tchats est souvent perçue comme une pratique juvénile et puérile.
La déception face à l’échec de la séduction, ou la difficulté à entrer en relation sur les tchats, conduit les jeunes à désinvestir peu à peu cette pratique.

Mensonges sur le chat

La thématique du mensonge est convoquée de manière récurrente par ceux qui chattent depuis un certain temps. Ces mensonges relèvent en fait de la manipulation de son identité, telle que la pratique aussi ces jeunes en modifiant leurs âges, leurs qualités physiques, etc.

Agressivités et moqueries

L'usage agressif du chat n'est pas simplement une prolongation de la longue liste des incivilités attribuées communément aux jeunes, les joutes oratoires, par lesquelles les jeunes des s’échangent sur le ton de la plaisanterie des insultes rituelles opère une distinction entre insulte et vanne. Alors que l’insulte consiste en une offense verbale visant à atteindre l’intégrité de celui à qui elle est adressée, la vanne, tout aussi virulente, consiste quant à elle, à accroître la réputation de celui qui l’a énoncée auprès de ses pairs.
Les moqueries acerbes sont très fréquentes dans les interactions verbales quotidiennes des jeunes. Mais ces vannes sont aussi adressées sur un mode ludique, comme des mises au défi symboliques ou des clins d’œil réparateurs aux autres usagers. Elle est aussi un désir d’authenticité dans les rapports humains.

Sur les chats, même si ces échanges demeurent virtuels, la véhémence des propos n’en demeure pas moins réelle. On pourrait même considérer que les vexations proférées sur les chats s’apparentent à des insultes. Les échanges verbaux sont particulièrement obscènes. Cette virulence est autorisée par la
configuration même des chats : les usagers n’étant pas réellement en présence, aucune représaille physique n’est à craindre.

Navigation